L'insurrectionnalisme

Notre tâche en tant qu'anarchiste, notre principale obsession et désir le plus fort est de voir se réaliser la révolution sociale: ce magnifique bouleversement de la condition de l'individu qui finira par mettre à terme à l'exploitation et l'aliénation. La révolution est le point de référence constant. L'insurrectionnalisme, puisque c'est notre sujet, estime qu'une révolution n'est possible que dans la rupture brutale et définitive. Afin de ne pas faire de la révolution un éternel rêve, la lutte doit passée par la destruction de l'État et des exploiteurs. Pour l'insurrectionnel il s'agit de vaincre les forces d'oppressions de l'État et du patronat.


La politique révolutionnaire européenne des deux cent années précédentes a été dominée par des insurrections depuis que le succès de la révolution française en 1789 ait déclenché le processus qui aboutit au renversement de l'ordre féodal dans tous les pays. La prise de la Bastille, le 14 juillet 1789, a fait la preuve du pouvoir du peuple en armes, et ce moment insurrectionnel a changé l'histoire de l'Europe alors qu'il mobilisa seulement quelques milliers de personnes.

1789 a aussi inauguré un modèle politique selon lequel, même si les travailleurs représentent la masse des insurgés, c'est la bourgeoisie qui en recueille les fruits et réprime ensuite les masses lorsqu'elle met en place sa domination de classe. Cette leçon ne fut pas perdue pour celles et ceux qui considéraient que la libération doit entraîner la libération économique et sociale de tous, et ne peut être réduite au droit d'une nouvelle classe à exploiter « démocratiquement » les masses.

Au cours des insurrections républicaines qui éclatent en Europe durant le siècle qui suit, et en particulier en 1848, le conflit entre les capitalistes républicains et la petite et moyenne bourgeoisie, d'un côté, les masses républicaines de l'autre, devint de plus en plus aigu. Vers les années 1860, ce conflit aboutit à l'émergence d'un mouvement spécifiquement socialiste ; celui-ci avait alors comprit que la bourgeoisie républicaine n'allait plus combattre pour la liberté en faveur de tous, mais contre elle, y compris aux côtés des partisans de l'ordre ancien, si nécessaire. C'est l'expérience de l'insurrection polonaise de 1863, à la suite de laquelle il devient clair que les bourgeois républicains craignent davantage une insurrection paysanne que la domination tsariste, c'est cette expérience donc qui convainc Bakounine. Désormais le combat pour la liberté doit être mené sous un nouveau drapeau - un drapeau qui chercherait à organiser les masses travailleuses uniquement pour leurs intérêts propres.

L'insurrection - le soulèvement armé du peuple - a toujours été proche du cœur de l'anarchisme. Les premiers documents programmatiques du mouvement anarchiste ont été rédigés par Bakounine et un groupe d'insurrectionnistes républicains de gauche européens lorsqu'ils se rapprochèrent de l'anarchisme en Italie dans les années 1860. dans Statuts secrets de l’Alliance : Programme et objet de l’organisation révolutionnaire des Frères internationaux,en 1868, Bakounine déclare «  La révolution telle que nous l’entendons devra dès le premier jour détruire radicalement et complètement l'État et toutes les institutions de l'État. ». Une lecture de la biographie de Bakounine nous donne la sensation impressionnante que ce théoricien de l'anarchisme moderne a courut toute sa vie après les insurrections à travers l'Europe: Départ en 1848 pour l’Europe centrale où Bakounine veut se rendre à Poznan pour prendre part à un soulèvement polonais contre le tsar, l'insurrection de Prague en 1848, sa tentative de participation à l’insurrection polonaise de 1863, sa participation active au soulèvement à Lyon.

Les premiers anarchistes adoptent les nouvelles formes d'organisation ouvrière qui sont en train de naître, et en particulier l'Association internationale des travailleurs, autrement dit la Première Internationale. Mais même s'ils reconnaissent le pouvoir de la classe ouvrière organisée en syndicats, ils ne considèrent pas que cela signifie que le capitalisme peut être réformé. À cette époque, les anarchistes insistent sur le fait qu'il faut encore des insurrections pour renverser la vieille classe dominante.

 

 

Les premières insurrections anarchistes

Les tentatives anarchistes de déclencher des insurrections s'étendent en même temps que le mouvement grandit. En fait, avant même l'insurrection lyonnaise, un anarchiste (Chávez López) fut impliqué dans un mouvement insurrectionnel indigène au Mexique. En avril 1869, il publie un manifeste appelant « le principe révéré des gouvernements autonomes de village à remplacer la souveraineté d'un gouvernement national qui n'est que le collaborateur corrompu des grands propriétaires fonciers»[1]. En Espagne, dans les années 1870, durant lesquelles les tentatives des ouvriers de former des syndicats furent violemment réprimées, les anarchistes participent à de nombreuses insurrections, et dans le cas des petites villes industrielles, ces soulèvements réussissent à l'échelle locale durant la grande révolte de 1873.

À Alcoy, par exemple, après que les ouvriers des usines de papier eurent été réprimés parce qu'ils luttaient pour la journée de 8 heures, ils « s'emparèrent des usines et y mirent le feu, ils tuèrent le maire et défilèrent dans les rues en brandissant les têtes des policiers qu'ils avaient tués[2]». En Espagne, on assiste à de nombreuses insurrections dirigées par des anarchistes avant celle qui remporte le plus grand succès, répondant au coup d'État de juillet 1936 et faillit écraser les fascistes.

En Italie, en 1877, Malatesta, Costa et Cafiero se dirigent avec un groupe d'hommes armés vers deux villages de Campanie. Une fois arrivés, ils mettent le feu aux registres des impôts et proclament la fin du règne du roi Victor Emmanuel ; malheureusement leur espoir de déclencher une insurrection s'écroule et l'armée intervient rapidement. Bakounine avait déjà été impliqué dans une tentative de déclencher une insurrection à Bologne en 1874.

Parmi ces premières tentatives d'insurrection, et la liste est très loin d'être exhaustive, beaucoup ont subit une sévère répression étatique. En Espagne, le mouvement anarchiste est obligé de plonger dans la clandestinité vers le milieu des années 1870. Cela conduit au développement de la « propagande par le fait » : certains anarchistes ont réagit à cette répression en assassinant des membres de la classe dirigeante, y compris plusieurs rois et présidents. À son tour, l'État intensifie sa répression. Après qu'un attentat à la bombe eut été commis, 400 personnes sont arrêtées et conduites dans une tour à Barcelone en 1892 où elles sont torturées. On leur arrache les ongles ; on pend les hommes par les pieds ; on leur écrase et brûle les testicules. Plusieurs meurent à la suite de ces tortures avant d'être jugés, et cinq sont exécutés au terme du procès.

Durant cette période, l'erreur qui semble avoir été commise par les anarchistes durant cette période fut de croire que les travailleurs voulaient partout se soulever et que tout ce que les groupes anarchistes avaient à faire, c'était d'allumer la mèche qui allait déclencher l'insurrection.

Pourtant, l'approche organisationnelle originelle des anarchistes rassemblés autour de Bakounine ne se limitait pas à tenter d'organiser des insurrections, elle impliquait aussi leur participation aux luttes de masse des travailleurs. Si certains anarchistes ont réagit, dans ces circonstances, en développant l'idéologie de l'« illégalisme », la majorité d'entre eux ont commencé à se tourner vers ces luttes de masse. En particulier, en entrant dans des syndicats de masse ou en contribuant à leurs constructions sur une position syndicaliste révolutionnaire. Au début du XXe siècle, les anarchistes ont participé à la construction - quand ils ne les construisirent pas eux-mêmes - de la plupart des organisations syndicalistes révolutionnaires qui allaient dominer la politique révolutionnaire jusqu'à Octobre 1917. Très souvent, ces syndicats furent eux-mêmes impliqués dans des insurrections, comme en 1919, en Argentine et au Chili. Dans ce dernier pays, les ouvriers chiliens se sont emparés de la ville de Puerto Natales, en Patagonie, et l'ont dirigés sous le drapeau rouge et selon les principes anarchosyndicalistes.

Les vies anarchistes se succèdent, les insurrections naissent et meurent, mais le chemin de l'insurrection n'est pas abandonné, il murit et se réfléchit. Malatesta, chargé, en 1920, par la commission de Correspondance de l'Union anarchiste Italienne (U.A.I) de rédiger une « Déclaration de Principes » déclare que « L'insurrection victorieuse est le fait le plus efficace pour l'émancipation populaire, parce que le peuple, après avoir rompu le joug, devient libre de se donner les institutions qu'il croit les meilleurs (…) tout dépend de ce que le peuple est capable de vouloir ». cette dernière phrase citée aura pour corolaire la suite du programme de Malatesta « Notre première tâche doit donc être de persuader les gens. » en concluant par « expropriation des détenteurs du sol et du capital à l'avantage de tous et abolition du gouvernement. En attendant: propagande de l'idéal; organisation des forces populaires; combat continuel, pacifique ou violent, selon les circonstances, contre le gouvernement et contre les propriétaires pour conquérir le plus possible de liberté et de bien-être pour tous. »

L'insurrectionnalisme?

L'insurrectionnalisme n'a cessé de faire l'objet de malentendus ou d'interprétations tendancieuses

En tant qu'idéologie, l'insurrectionalisme a pris naissance dans les conditions particulières de l'après-guerre en Italie et en Grèce. Vers la fin de la Seconde Guerre mondiale, il existe de véritables possibilités révolutionnaires dans ces deux pays. Dans beaucoup d'endroits, les fascistes sont chassés par des partisans de gauche avant l'arrivée des armées alliées. Mais, en raison des accords de Yalta, Staline ordonne à la gauche officielle révolutionnaire du Parti communiste de contenir la lutte. Résultat, la Grèce subit des décennies de dictature militaire tandis qu'en Italie le Parti communiste continue à limiter les luttes. A des conditions économiques défavorables en Italie vient s’ajouter le poids de la structure politique.

Un insurrectionaliste a décrit la façon dont ces idées se sont répandues à partir de l'Italie vers le monde anglophone : « L'anarchisme insurrectionaliste s'est développé dans le mouvement anarchiste anglophone à partir des années 1980, grâce aux traductions et aux écrits de Jean Weir dans sa maison d'éditions Elephant Editions et sa revue Insurrection. (...) À Vancouver, au Canada, des camarades locaux engagés dans la Croix Noire anarchiste, le centre social local et dans les revues No Picnic et Endless Struggle ont été influencés par les projets de Jean, et cela a contribué à développer constamment la pratique des anarchistes insurrectionalistes dans cette région (...). La publication anarchiste Demolition Derby à Montréal a aussi donné des informations sur le mouvement anarchiste insurrectionniste jusqu'à aujourd'hui»

Les contre-sommets internationaux ont donné une impulsion massive à l'anarchisme insurrectionnaliste en partie grâce à la forte visibilité de la tactique des Black Blocs et assimilé.es. Après le contre-sommet de Prague en 2000, l'État a appris à réduire considérablement l'efficacité de ce type de tactique. Peu après l'expérience de Gênes en 2001 et le contrôle réussi des actions à Strasbourg en 2009, une discussion s'est engagée : certains prônaient un militantisme plus grand et une organisation plus clandestine, tandis que d'autres préconisaient de se détourner du spectacle des contre-sommets.

Nous pourrions dire que l'insurrectionalisme a consisté à construire une idéologie à partir d'une tactique. L'implication longue et profonde des anarchistes dans des insurrections a donné naissance, et cela n'a rien de surprenant, à l'idéologie anarchiste de l'insurrectionalisme. A travers l’histoire, la plupart des anarchistes, hormis ceux qui pensaient que l'État s’effondrerait de lui-même, ont été des anarchistes insurrectionalistes. Pourtant, L’anarchisme insurrectionaliste n’est pas présenté par ses défenseur-euses comme une solution idéologique à tout les problèmes sociaux, un produit sur les étals du marché des idéologies et des opinions, mais une pratique en mouvement qui vise à mettre fin à la domination de l'État et à l’écoulement tranquille du capitalisme. Il s’agit donc, dans un premier temps, d’une pratique qui se concentre sur l’organisation de l’attaque.

On trouve une autodéfinition de l'insurrectionalisme dans un texte italien de 1993 : « Nous considérons que la forme de lutte plus adaptée à l'état du conflit de classe actuel dans pratiquement toutes les situations est la forme insurrectionnelle, et c'est particulièrement le cas dans la zone méditerranéenne. Par pratique insurrectionnelle nous entendons l'activité révolutionnaire qui entend prendre l'initiative dans la lutte et ne se limite pas à attendre ou à définir des réponses défensives aux attaques par les structures du pouvoir. Les insurrectionalistes ne soutiennent pas les pratiques quantitatives typiques qui consistent à attendre, par exemple, des projets numériquement significatifs avant d'intervenir dans les luttes, et qui durant cette période d'attente se limitent au prosélytisme et à la propagande, ou à une contre-information stérile car elle ne sert à rien.[3] »

Comme le précisait Luigi Bertoni «  (…) nous sommes révolutionnaires, précisément parce que nous ne croyons pas possible de réformer grand'chose en plein régimes bourgeois, parce que nous nous rendons compte que toute réalisation pratique, devant s'adapter au milieu et n'en pouvant que subir la plupart des conditions, représente pour finir quelque chose d'incomplet et de contradictoire. (…) il faut se rendre à l'évidence que loi, mœurs, routine et préjugés réduisent à fort peu de chose la possibilité des applications anarchiques (…) en somme l'anarchie ne pourra s'épanouir qu'en pleine atmosphère révolutionnaire.[4] »

L'insurrectionalisme se propose comme une offensive visant à faire de la révolution un événement concret à faire vivre chaque jour par de plus modestes tentatives qui n'ont pas toutes les caractéristiques de la révolution sociale dans son sens le plus concret. Ces tentatives plus modestes, et par conséquent plus limités, sont les insurrections. En elles, les soulèvements des exploité.es ouvre la voie à de nouvelles possibilités de participation à des couches sociales de plus en plus larges qui peuvent mener à la révolution mais également aboutir à l'établissement d'un nouveau pouvoir ou bien d'une confirmation dans le sang de l'ancien. Pour ce dernier cas, bien que l'insurrection commence par un cri libérateur et rageur il conclut amèrement au rétablissement en plus puissant de l'État et de la domination. L'insurrection est abordée comme l'élément indispensable de la révolution sans quoi, la révolution ne se concrétisera jamais au niveau social et le pouvoir règnera imperturbable dans toutes la plénitude de sa puissance. L'insurrection est une petite partie du futur qu'elle parviendra à créer.

Ce discours implique deux conséquences du point de vue pratique:

1. la justification de l'utilisation de moyens violents en vue d'amener la révolution. L'affrontement directe avec les forces de l'ordre.

2. la déclenchement de l'insurrection étant l'objectif stratégique déterminant, toute la propagande, toutes les tâches d'organisation, d'agitation ou d'éducation se trouvent directement subordonnées en vue de cet objectif.

Cette exigence Sébastien Faure la partage lorsqu'il écrit; « N'oublions pas, n'oublions jamais que, dans le domaine des réalisations pratiques, l'action est tout, puisque c'est à la vigueur, à la netteté et à l'ampleur de l'action que tendent et doivent aboutit l'Éducation et l'Organisation. Celles-ci préparent,elle enfantent l'Action. Elles sont à l'Action ce que l'Arbre, le bourgeon et la fleur sont au fruit. »[5]

mais il est faux de dire que réduire l'insurrectionnalisme s'autorise tous les moyens pour faire la révolution. « S'il fallait pour vaincre dresser des potences sur les places publiques, je préférerais encore perdre. » Malatesta.

La violence ne devient pas un culte chez l'insurrectionnaliste mais un moyen subordonné à la poursuite de l'anarchisme. Le culte de la violence débouchant à la dictature révolutionnaire, à la terreur.

Pour saisir toute la distance qui sépare le culte de la violence du moyen de la violence il suffit de comparer les maximes du Catéchisme révolutionnaire de Netchaiev avec la lettre adressée à ce même Netchaiev par Bakounine le 2 juin 1870 nous pouvons voir que Bakounine se livre à une critique rigoureuse de ce qu'il appelle « le système de mystification » prônée par Netchaiev. Dans les Catéchisme révolutionnaire , tout doit être subordonné à la révolution. Bakounine l'accusera de fanatisme « non exempt de mysticisme ». tout ne peut pas être sacrifié à la révolution. L'anarchiste insurrectionnel n'est pas un froid calculateur, annonciateur de la figure du révolutionnaire professionnel dont le bolchévisme fournira le visage.

Une autre erreur consiste à croire que l'insurrectionnaliste néglige les conditions qui rendent possible la rupture et le déclenchement du soulèvement populaire.

Les idées de base de l'insurrectionnalisme

Commençons par écarter quelques mythes à propos de l'insurrectionalisme. celui-ci ne se limite pas à la lutte armée, même s'il peut inclure la lutte armée; en effet, la plupart des insurrectionnalistes critiquent l'élitisme des avant-gardes qui pratiquent la lutte armée, même s'illes s'intègrent vonlontier dans ce que l'on nomme « la minorité agissante ». Leur étiquette ne signifie pas non plus qu'ils passent leur temps à préparer des insurrections : la plupart des insurrectionnalistes sont assez perspicaces pour comprendre que ce programme maximum n'est pas toujours possible, même s'illes n'hésitent pas à blâmer les autres anarchistes parce qu'illes attendraient le Grand Soir.

Préparer l'insurrection signifie préparer les conditions subjectives (personnels et matériels) auxquels consentent un nombre d'anarchistes pour crées les circonstances indispensable pour le développement d'un processus insurrectionnel. Bien que l'insurrection est un phénomène qui doit être porté par les masses l'insurrectionnalisme estime que cette insurrection est toujours le fait de l'action d'une minorité déterminée capable d'attaquer les centres nerveux d'objectifs partiels à atteindre.

Illes sont très clairs sur ce point. Les tâches de la lutte anarchiste contre le pouvoir peut être très variées, mais toutes, selon eux/elles, doivent être, pour être cohérente, préparé l'insurrection. Chaque travail intellectuel, de recherche, d'analyses économiques, philosophiques ou historiques doivent être immédiatement utilisable pour préparé l'acte insurrectionnel.

Le groupe « Do or Die 10 » a publié une introduction utile sous le titre : « L'anarchie insurrectionnelle : s'organiser pour l'attaque »[6]. Je citerai plusieurs fois cet article dans les paragraphes qui suivent. Le concept d'« attaque » se trouve au cœur de l'idéologie insurrectionnaliiste : « L'attaque est le refus de la médiation, de la pacification, du sacrifice, des accommodements et des compromis dans la lutte. C'est en agissant et en apprenant à agir, pas en faisant de la propagande, que nous ouvrirons la voie à l'insurrection, même si bien sûr l'analyse et la discussion ont un rôle à jouer et servent à clarifier les façons d'agir. Attendre apprend uniquement à attendre : agir apprend à agir. »

Cet essai s'inspire d'un certain nombre de textes insurrectionnalistes antérieurs comme « At Daggers Drawn » (À couteaux tirés) pour qui : « La force d'une insurrection est sociale, et non militaire. La révolte généralisée ne se mesure pas par l'affrontement armée mais par l'étendue de la paralysie de l'économie, la prise en main des lieux de production et de distribution, la distribution gratuite de biens qui détruit tous les calculs (...). Aucun groupe de guérilla, quel que soit son efficacité, ne peut prendre la place de ce mouvement grandiose de destruction et de transformation [7]. » La notion insurrectionnaliste d'attaque ne se fonde donc pas sur une avant-garde qui assume la libération de la classe ouvrière. Les insurrectionnalstes savent « que le système ne craint pas les actes de sabotage en eux-mêmes, mais leur extension sociale[8]». Autrement dit, les actions directes d'un petit groupe ne peuvent avoir du succès que si elles sont reprises par la classe ouvrière. C'est une façon beaucoup plus utile de discuter de l'action directe. Habituellement le débat oppose les partisans des « commandos d'action directe » les plus spectaculaires, qui analysent leurs actions en elles-mêmes, aux organisations qui refusent d'aller au-delà de la propagande pour l'action de masse ; et qui trop fréquemment se contentent de dénoncer le caractère « élitiste » des actions des petits groupes. Ces actions dites « directes » semble être imprégnées par la notion de « propagande par le fait », c'est à dire des actions faites dans le but de créer une émulation à plus grande échelle. L'idée que de telles actions doivent être reprises par la classe ouvrière est aussi considérée par les insurrectionnalistes comme une réponse importante à l'argument selon lequel l'État peut simplement réprimer de petits groupes. « Il est matériellement impossible à l'État et au Capital de policer tout le terrain social[9]. »

Par ailleurs, les insurrectionnalistes pour la plupart reconnaissent la lutte de classe alors que la gauche réformiste refuse de le faire. C'est ainsi que les luttes qui se déclenchent dans les banlieues, notamment française, sont souvent interprétées à tort comme des violences absurdes. Pourtant, les jeunes qui luttent contre l'exclusion et l'ennui sont des éléments avancés de l'affrontement de classe. Les murs du ghetto doivent être détruits, et non entourés de nouvelles clôtures.

Le rôle que l'insurrectionnalisme donne à la propagande est le suivant: la préparation des masses n'est pas une condition primordiale pour la révolution. Comme nous l'avons dit plus haut, attendre est la pire chose pour eux/elles, car attendre est synonyme d'inertie voir de défaite assurée. Illes sont convaincus que la préparation des masses sera plus que tout être une conséquence de la révolution et peut-être pas la plus immédiate. Au contraire, l'anarchiste révolutionnaire doit être prêt pour cette tâche historique qu'est la révolution, une révolution qui ne se fera pas toute seule.

L'insurrection est une tâche qui nécessite d'être accomplie dès maintenant. Mais avec quel sens concrètement? Nous savons que leur position est que cette minorité spécifique doit prendre en charge l'attaque initial, et ainsi surprendre le pouvoir et crée une situation de confusion qui mettront les fores répressives en difficultés et créer ainsi la réflexion chez les exploité.es et ainsi la faire décider si elle doit y prendre part ou non. Mais qu'est ce que signifie cette expression « minorité spécifique »? peut-être le mouvement révolutionnaire au sens large? Ces questions méritent une réponse claire.

Tout d'abord l'hypothèse la plus large. À partir du point de vue qui nous intéresse ici, le mouvement révolutionnaire dans son ensemble ne peut être considéré comme une minorité spécifique capable de réaliser l'insurrection ensemble. Il présente toute une série de contradictions qui reflètent les contradictions de la société dans laquelle nous vivons. Chaque organisations révolutionnaire veut mettre en avant son modèle idéologique et jouer à la guerre théorique. La conséquence est de remettre à plus tard la libération. De plus, les formules analytiques d'une large partie du mouvement qui se qualifie de révolutionnaire sont clairement à caractères autoritaires, par conséquent ont pour but la conquête de l'État et non sa destruction. Cette partie prévoit son utilisation revendiqué dans un sens antibourgeois et non pas sa disparition. cette part du mouvement révolutionnaire donc ne manifestement pas d'intérêt dans la préparation de l'insurrection tout de suite comme ils ont l'illusion que le temps est de leur côté, l'émiettement de la base de soutien du capitalisme et de la préparation de la situation révolutionnaire sans l'anti-chambre dangereuses de l'insurrection. Nous ne nous tromperions donc pas en disant que cette section du mouvement révolutionnaire peut prendre une position anti-insurrectionnel si forte (comme nous l'avons vu dans de nombreux cas récemment) qu'elle se permet d'attaquer et de dénoncer les camarades anarchistes qui soutiennent la thèse insurrectionnelle. À ce point nous conclurons en disant qu'il n'est pas possible d'élargir le concept de la minorité spécifique par l'intégration de cette partie du mouvement dit révolutionnaire.

Mais si cette dernière ne peut faire partie de la minorité agissante revendiquée par les insurrectionnel.elles, peut-on dire le contraire pour le mouvement anarchiste dans son ensemble, peut-il s'inscrire dans cette minorité spécifique, capable éventuellement de créer les conditions de l'insurrection? la conclusion est négative une fois encore, les différences aussi bien théoriques que méthodiques au sein de l'anarchisme semblent être trop importantes pour pouvoir qualifié le mouvement anarchiste d'insurrectionaliste dans son ensemble.

Les insurrectionnalistes sont très critique face à la gauche en général et le reste du mouvement anarchiste en particulier et opèrent « une critique de la séparation et de la représentation qui justifie d'attendre et accepte le rôle du critique. Sous prétexte de ne pas se séparer du "mouvement social", on finit par dénoncer toute pratique de l'attaque comme une "fuite en avant" ou une simple "propagande parlée". Une fois de plus, les révolutionnaires sont appelés à "démasquer" les conditions réelles des exploité.es, cette fois, par leur inaction même. Aucune révolte n'est donc possible en dehors d'un mouvement social visible. Donc, celui qui agit doit nécessairement vouloir prendre la place du prolétariat. Le seul patrimoine à défendre devient la "critique radicale", la "lucidité révolutionnaire". « La vie est misérable, donc on ne peut rien faire d'autre que de théoriser la misère. »[10]

le rôle assigné à l'activité de la minorité agissante pendant et après la révolution est de porter « les premiers coups, les premiers pas réels de la révolution seront l'œuvre de son avant-garde, principalement des éléments révolutionnaires de la classe ouvrière »[11], mais qu'il faudra continuer la vigilance par une action consciente et éclairée afin que nous ne retombions pas dans « le vieux monde ». la minorité anarchiste devra donc rester fortement unie et distincte des autres forces révolutionnaire. « Les frères (…) - a précisé Bakounine – devront donc se resserrer d'avantage entre eux le lendemain de la révolution, afin d'organiser et de diriger l'anarchie et le déchainement formidable des passions révolutionnaires des masses, sans les comprimer. »[12]

Mais il ne faut pas croire que l'insurrectionnel pense que la minorité agissante soit un simple auxiliaire de la révolution, car ce sont les masses qui devront mener à celle-ci. « Il n'est pas dans son intention de ses substituer à l'initiative populaire[13] » il y a sur ce point une différences capitale vis-à-vis de toutes les variantes de l'insurrectionnalisme issues du modèle jacobin du changement social « par en haut » dont le blanquisme et le léninisme sont les plus connues. En définitive, chez l'insurrectionnel tout est question de mesures et de nuances. Il s'expose de ce fait de passer du rôle de minorité agissante à celui de dirigeant. Il se trouve soumis à des contradictions entre éclairer les masses et lui imposer ses solutions. Est-ce que minimiser son rôle de minorité agissante serait la solution pour espérer échapper à cette difficulté? Cela porterait à attribuer aux masses des capacités spontanées extraordinaires. Cela porterait à un optimisme sociologique qui amènerai à exalter le peuple d'une manière indifférenciée. Et cette indétermination du peuple, qui n'est plus uniquement la classe ouvrière, permet à l'insurrectionnel de s'identifier avec lui. Ainsi, le terme « peuple » désigne pour l'insurrectionnel parfois « tout le monde », parfois « quelques individus agissant au nom du peuple »[14]. quand il passe à l'acte, il a donc l'impression que c'est le peuple qui agit. Ce qui constitue un ressort psychologique puissant pour légitimer ses actions.

Finalement, nous pouvons dire que le rôle que se donne les anarchistes insurrectionnaliste est considérable: minorité agissante, elle doit pousser les masses "à faire" par elles-mêmes. Les éduquer, leur montrer l'exemple, les gagner à nos idées, bref impulser dans le mouvement de révolte populaire l'élan libertaire nécessaire pour éviter qu'il retombe dans le passé. "Une révolution ne sera anarchiste que dans la mesure de nos forces", écrira Malatesta, « La construction d'une société anarchiste ne se fera pas d'un coup, mais par étapes, étapes marquées chacunes par une rupture révolutionnaire. »

Organisation formelle ou informelle?

Les insurrectionnistes définissent l'organisation formelle comme des organisations permanentes qui font la synthèse de toutes les luttes au sein d'une seule organisation, et qui servent de médiateurs des luttes avec les institutions de la domination. Les organisations permanentes tendent à se transformer en institutions qui se dressent au-dessus de la multitude. Elles tendent à créer une hiérarchie, formelle ou informelle, et à priver de pouvoir la multitude. La constitution hiérarchique de relations de pouvoir supprime la possibilité de décider au moment où cette mesure est nécessaire et attribuée à un comité quelconque au sein de l'organisation. Les organisations permanentes ont tendance à prendre des décisions qui ne sont pas fondées sur une action ou un but précis, mais sur les besoins de cette organisation, en particulier sa préservation. L'organisation devient une fin en soi.

Solutions aux problèmes de l'organisation:

Bien que ce soit une critique pertinente des formes d'organisation léninistes ou social-démocrates, il faut dire que des mécanismes formels pour prévenir le développement d'une hiérarchie informelle sont fréquents dans les organisations anarchistes. En fait, il s'agit d'exemples où l'organisation formelle offre une certaine protection contre la hiérarchie; la méthode formelle d'organisation permet également d'accepter des règles pour prévenir le développement d'une hiérarchie informelle. Par contre, il est fréquent, voir quasi systématique, que la survit de l'organisation devienne une fin en soi. Mais ce problème est-il inhérent à la forme organisationnelle en elle-même ou bien est-ce le résultat des attaques extérieures auxquelles elles doivent faire face?

La proposition insurrectionaliste est l'organisation informelle. Le principe est que l'organisation la plus minimale possible nécessaire pour atteindre nos buts est toujours la meilleure solution pour maximiser nos efforts. Ce qui signifie créer des groupes d'affinités: « avoir une affinité avec des camarades signifie les connaître, avoir approfondi la connaissance que l'on a d'eux. Au fur et à mesure que cette connaissance se développe, l'affinité peut augmenter au point de rendre possible une action commune[15] ». Il s’ensuit que l’organisation réelle, la capacité effective à agir ensemble, c’est-à-dire savoir où se trouver, l’étude et l’analyse collective de problèmes et le passage à l’acte, tout dépend du niveau d’affinité développés, et n’a aucun rapport avec un programme, une plate-forme, des drapeaux ou des partis plus ou moins camouflés. L’organisation anarchiste informelle est donc une organisation spécifique qui se réunit autour d’une affinité commune, de façon contingente. Evidemment, les insurrectionalistes restent conscients que les petits groupes sont souvent trop petits pour atteindre un objectif tout seuls, dans ce cas, ils affirment que ces groupes peuvent se fédérer temporairement pour cet objectif spécifique. Comme le montre différentes tentatives d'étendre cette approche à l'échelle internationale:

« L'Internationale insurrectionaliste anti-autoritaire est destinée à être une organisation informelle (...). [Elle] est donc fondée sur un approfondissement progressif de la connaissance réciproque entre tous ses adhérents (...). À cette fin, tous ceux qui y adhèrent doivent lui faire parvenir la documentation qu'ils estiment nécessaires pour faire connaître leur activité... au groupe à l'origine de cette initiative[16] ».

Les noyaux autonomes de base:

Il est évident que le succès d'une révolution anarchiste exige que la masse de la population soit organisée. Les insurrectionnalistes le reconnaissent et ils ont tenté de construire des modèles d'organisation de masse en harmonie avec leurs principes idéologiques. Les noyaux autonomes de base, comme ils les appellent, s'inspirent à l'origine du Mouvement autonome des cheminots de Turin et des ligues autogérées qui luttaient contre l'installation d'une base de missiles de croisière à Comiso. Dans La Tension anarchiste Alfredo Bonanno décrit ainsi l'expérience de Comiso : « Un modèle théorique de ce type a été utilisé dans une tentative d'empêcher la construction d'une base de missiles américains à Comiso au début des années 80. Les anarchistes qui sont intervenus pendant deux ans ont construit des "ligues auto-gérées" [17]Ces groupes ne doivent pas être composés seulement d'anarchistes. Toute personne qui entend se battre pour des objectifs donnés, même limités, peut participer pour autant qu'elle tient compte d'un certain nombre de conditions essentielles. Tout d'abord qu'un « conflit permanent » caractérise les groupes qui s'attaquent à la réalité dans laquelle ils se trouvent, sans attendre les ordres de qui que ce soit. Ensuite, ils sont « autonomes », c'est-à-dire qu'il ne dépendent pas des partis politiques ou des organisations syndicales, et n'entretiennent pas de relations avec eux. Enfin, ils affrontent les problèmes un par un et ne proposent pas de plates-formes globales de revendications qui inévitablement aboutissent à la création d'une administration qu'il s'agisse d'un mini-parti ou d'un petit syndicat alternatif [18]»

Un autre insurrectionaliste, O.V., a défini les ligues comme « l'élément reliant l'organisation anarchiste informelle spécifique aux luttes sociales » et considère que « Ces attaques sont organisées par les noyaux en collaboration avec des structures anarchistes spécifiques qui fournissent un soutien théorique et pratique, recherchent des moyens nécessaires pour l'action en identifiant les structures et les personnes responsables de la répression, et en offrant un minimum de défense contre les tentatives de récupération politique ou idéologique par le pouvoir ou contre la répression pure et simple [19]»

Mais les premières tentatives d'organisations autonomes au sens large remontent à plus tôt. En Italie, les premières organisations se voulant autonomes sont apparues en 1960, notamment à Turin: « Dans ces comités, « grandissait un climat diffus et généralisé d’aversion envers les formes traditionnelles de délégation » ; s’y retrouvaient à faire de la politique ensemble et de façon nouvelle des adhérents aux partis de gauche, des groupes de base paroissiaux, des sans parti et des dirigeants du Mouvement étudiant turinois. »[20] Ces premiers comités ne peuvent pas être considérés comme des collectifs véritablement autonomes dans le sens où ils sont encore en partie contrôlés par l'Église ou le Parti Communiste. Cependant, ils possèdent déjà la structure de l’Autonomie, c’est-à-dire l’organisation en collectifs d’individus, sans existence légale. La présence en leur sein de militants de partis politiques fait que cette autonomie est relative. Mais, à partir de 1964, ces comités acquièrent une autonomie grandissante à l’égard des partis politiques avec l’organisation des premières grèves de loyers. En ce qui concerne les formes d’autonomie les plus spontanées, on peut prendre l’exemple des ouvriers de la Fiat de Turin. Cet exemple est particulièrement intéressant car il comprend la plus grande usine d’Europe, Mirafiori, qui compte alors 50 000 salariés, la Fiat employant au total 90 000 personnes à Turin en comptant les trois usines de la ville [7]. En 1962, les ouvriers attaquent le siège de l’UIL [8], alors que celle-ci vient de signer de manière séparée le renouvellement de la convention collective. En 1969, les ouvriers de Turin jouent un rôle majeur dans la vague de grèves qui secouent le pays, là encore à l’occasion du renouvellement du contrat de travail.

La question des accords:

Une action commune exige évidemment un certain niveau d'accord commun. L'article de Do or Die défini l'approche insurectionnaliste de ce problème de la façon suivante : « L'autonomie permet de prendre des décisions quand elles sont nécessaires, au lieu qu'elles soient pré-déterminées ou retardées par la décision d'un comité ou d'une réunion. Cela ne veut pas dire toutefois que nous ne devrions pas réfléchir à l'avenir de manière stratégique et conclure des accords ou élaborer des plans. Au contraire, les plans et les accords sont utiles et importants. Mais il faut souligner l'importance de la souplesse qui permet aux gens de rejeter les plans lorsqu'ils deviennent inutiles. Les plans devraient s'adapter aux événements au cours de leur déroulement. »

Les anarchistes-communistes critiquent ce raisonnement: Comment peut-on élaborer un plan, sans prédéterminer quelque chose ? Si un groupe de personnes pensent « à l'avenir de manière stratégique » ce groupe n'est-il pas de fait un « comité ou une réunion », même s'il choisit de ne pas utiliser ce nom ? Et qui défend des plans qui ne peuvent pas « s'adapter aux événements au cours de leur déroulement » ? D'un point de vue anarchiste-communiste, la réflexion stratégique sur l'avenir consiste à utiliser cette réflexion pour dresser des plans pour l'avenir. Élaborer des plans suppose de prendre des décisions à l'avance ; de les prédéterminer au moins en partie. Et les plans devraient être faits et adoptés suite à une discussion formelle, ce qui suppose des réunions voire la constitution d'un comité qui se réunira.

La répression et le débat

Sans entrer dans les détails de chaque controverse, l'un des problèmes majeurs qui se posent dans les pays où les insurrectionnalistes mettent leurs paroles en pratique est souvent que leurs actions sont vues comme inefficace, à part de fournir une excuse pour la répression étatique et d'isoler du mouvement social tous les anarchistes, et pas seulement celles et ceux qui ont participé à ces actions. La question que nous poserions à ces anarchistes réticents à l'insurrectionnalisme est: Comment pensent-illes être en mesure de vouloir détruire l'État sans déclenché ses forces répressives et la désapprobation d'une bonne partie du mouvement social? En d'autres termes peut-être faudrait-il songer que l'État porte la répression dans son essence et qu'il est vain de vouloir l'éviter quand on veut le détruire. Quant à vouloir éviter le désapprobation du mouvement sociale, n'est-ce pas se vouer à l'attente et peut-être se tromper de camarades?

Sans faire d'extrapolation historique, mais en plus des conditions historiques et d'un rapport de forces nettement défavorables à l'insurrection ukrainienne, le conflit du bolchevisme et du makhnovisme a illustré le caractère absolument inconciliable de deux conceptions de la révolution. Le point de vue se disant « marxiste » d'un coté, axé sur le prolétariat ouvrier, conçu comme classe universelle révolutionnaire, de l'autre, un anarcho-populisme paysan. C'est la politique qui a vaincu Makhno et ses paysans anarchistes. Les sociétés agricoles libertaires d'Espagne succomberont plus tard elles aussi, pour les mêmes raisons, et sous les coups des mêmes adversaires.

Il pourrait peut-être y avoir des raisons individuelles à douter de la tentative d’atteindre ses buts par des moyens violents. Mais quand la non-violence en vient à s’élever au statut de principe inviolable et que la réalité est divisée en « bien » et en « mal », les arguments cessent d’avoir de la valeur et l’on voit tout en termes de soumission et d’obéissance.

Mais pour essayer d'être juste, les insurrectionnalistes affirment être prêts à débattre de questions tactiques, mais la réalité de la répression étatique, en pratique, signifie que toute critique de leurs actions est présentée comme prenant le parti de l'État. Il y a 30 ans, Bonanno affirmait déjà que tous ceux qui pensaient que de telles actions étaient prématurées ou contre-productives prenaient le parti de l'État. Ainsi il écrit dans La Joie armée : « Lorsque certains disent que le moment n'est pas mûr pour une attaque armée contre l'État, ils ouvrent les portes de l'asile psychiatrique pour les camarades qui mènent ces attaques ; quand ils affirment que le temps de la révolution n'est pas encore venu, ils serrent les cordons de camisole de force ; lorsqu'ils prétendent que ces actions sont objectivement une provocation, ils endossent la blouse blanche des tortionnaires[21]. »

Comment se fait-il que « le monde chaviré » parvient toujours à se redresser ? Pourquoi la réaction suit-elle toujours la révolution, comme les saisons en Enfer ? révolution, réaction, trahison, l'état s'érige plus fort, et encore plus répressif , la roue tourne, l'histoire recommence.



[1]1. John M. Hart, « Anarchism and the Mexican Working Class ».

[2]2. James Joll, The Anarchists, p. 229.

[3]"For an Anti-authoritarian Insurrectionist International-Proposal for a Debate, Anti-authoritarian Insurrectionnist International, (Promoting Group)", Elephant Editions 1993 en ligne sur le site http://www.geocities.com/cordobakaf/inter.html

[4]L. Bertoni, la Revue internationale anarchiste, Paris, n°5, 15 mars 1925.

[5] S. Faure, « l'action anarchiste », Revue internationale anarchiste, Paris, N°5, 15 mars 1925.

[6]10. Do or Die n° 10, 2003, en ligne sur http://www.eco-action.org/dod/no10/anarchy.htm

11. [7]Anonyme, « à couteaux tirés, avec l'Existant, ses défenseurs et ses faux critiques

[8] Do or Die n° 10, "Insurrectionary Anarchism and the Organization of Attack".

[9]14. Do or Die n° 10, "Insurrectionary Anarchism and the Organization of Attack".

12. [10]Anonyme, « à couteaux tirés, avec l'Existant, ses défenseurs et ses faux critiques

[11]Voline, « Choses vécues », la Revue anarchiste », n°16

[12]M. Bakounine, Programme... in Œuvres complètes, vol 6.

[13]P. Archinoff, « le problème du premier jour de la Révolution Sociale »

[14]F.S. Merlino, l'Individualisme...

[15] O. V., "Insurrection", en ligne : http://www.geocities.com/kk_abacus/insurr3.html

[16]"For An Anti-authoritarian Insurrectionalist" International, Elephant Editions 1993 en ligne http://www.geocities.com/kk_abacus/ioaa/insurint.html

[17]Alfredo Bonanno, La Tensione anarchica, traduit en anglais par Jean Weir, 1996, en ligne : http://www.geocities.com/kk_abacus/ioaa/tension.html

[18] ibid.

[19]O. V.,"Insurrection", online at http://www.geocities.com/kk_abacus/insurr2.html

[20] Diego Giachetti et Marco Scavino, La Fiat aux mains des ouvriers, l’automne chaud de 1969 à Turin, Les Nuits rouges, 2005, p. 150-151.

[21]Alfredo Bonanno, La gioia armata, 1977 Edizioni Anarchismo, Catania, 1998. En français, « La joie armée » se trouve sur http://www.non-fides.fr/

 

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